Du contrôle à l’alliance Repenser la relation humain-animal

Quand j’ai décidé de me consacrer à la sensibilisation de l’humain au respect du vivant pour lutter contre l’abandon et la maltraitance, je n’étais pas préparée à la puissance du phénomène d’anthropomorphisme. 

L’objectif bien-être animal

S'intéresser au bien-être animal, c'est veiller au respect des besoins spécifiques de l'espèce, de la race mais aussi de l'individu : la bientraitance ne signifie pas juste bien faire selon nos critères mais faire ce qui est bien pour l'animal. C’est également reconnaître l'animal comme un être à part entière, sans chercher à le dominer ou à le (sur)contrôler (physiquement, émotionnellement et/ou socialement) et lui donner parfois le choix.

En conséquence, adhérer à cette notion de bien-être animal demande à l'humain de passer d'une vision anthropocentrée (centrée sur ses propres intérêts, interprétations et projections) à une vision animal-centrée (prenant en compte les émotions et les besoins éthologiques de l'animal en tant qu’individu). Cela requiert de l’humilité et un positionnement non hiérarchique entre espèces pour établir un rapport de coopération et non de soumission/subordination.

Les freins structurels et sociétaux

Il n’est pas naturel ni facile de préférer la collaboration à la répression dans une société qui a longtemps valorisé l’autorité, la compétition ou la punition comme principes d’éducation. Surtout dans un contexte particulièrement exigeant dans lequel la patience et la tolérance sont mises à mal par une société de (sur)consommation où tout va (doit) aller très vite. On l’observe souvent : la livraison d’une commande en ligne est attendue dans les 24 heures devant notre porte, la batterie de notre smartphone doit se recharger en moins d’une heure, notre chaton a intérêt à être propre en trois jours et notre chien doit avoir fait ses besoins le temps du trajet entre chez nous et le tabac... 

On aurait pu imaginer que le (récent) changement de statut juridique de l’animal de "bien meuble" à "être vivant doué de sensibilité" modifie nos rapports à lui mais nous manquons encore parfois de cohérence : partagées entre une affection sincère pour l’animal dit de compagnie et la notion d’animal "outil" du passé, nos pratiques le maintiennent dans un monde de contraintes. 

En effet, la facilité consiste à rester sur ses acquis sans se remettre en question pour ne pas contrarier la majorité (« on a toujours fait comme ça !...»). Pourtant, le respect et l’empathie permettent d’établir une relation magique : plutôt que d’écraser et dominer, on guide, on accompagne et on aide à se construire. Le bénéfice devient alors mutuel avec le fameux « win win ».

En comprenant la nécessité de s’adapter à l’Autre (avec un grand A), l’Homme du 21ème siècle participe à son évolution : en privilégiant la perspective du biocentrisme, il développe ses compétences émotionnelles, son empathie et contribue, en même temps, à son propre bien-être.

Les biais cognitifs de l'anthropomorphisme qui transforment nos interprétations en vérités erronées

Ce nouveau mode de relation, qui se veut plus éthique et plus "équitable", se heurte souvent à des paradoxes humains de raisonnement : nous avons tendance à favoriser des hypothèses et des jugements qui renforcent notre point de vue au détriment d'une analyse objective.

Nos exigences de confort de vie ou d’esthétisme, accentuées par la mode et les réseaux sociaux, transforment le rapport utilitariste que nous avions avec l’animal en lien de nécessité dont la forme varie selon nos attentes. Les conséquences sur les animaux sont dramatiques : hypertypes, difficultés de communication intraspécifique, maladies, "objectification" de l’animal, trafic,...etc.

L’Homme moderne veut des chiens hypoallergéniques remèdes contre la solitude, des chats aux yeux vairons version œuvres d’art sans l’option dératisation, des lapins peluches antidépresseurs, des micro-chiens format sac à main pour jouer à la poupée ou des molosses, mais qui n’aboient pas trop, comme armes de dissuasion,…etc.

Ce désir de maîtrise s’apparente souvent à un anthropocentrisme déguisé : en voulant tout contrôler, l'humain se positionne en maître absolu, réduisant l'animal à l'état d'objet malléable. 

C'est le paradoxe de cette relation moderne : revendiquer l'amour de l'animal tout en maintenant une forme de pouvoir déséquilibré, symbole d’une confusion inconsciente entre l'affection et l'appropriation.

A ce besoin de contrôle, d’appropriation et de domination s’associe souvent le phénomène de projection. L'humain a tendance à attribuer à l'animal des motivations et des désirs qui sont les siens, le transformant en un prolongement de ses propres attentes sociales et affectives : on rêve que son chinchilla s'entende avec tous ses congénères à l'image des enfants à qui les parents souhaitent d’avoir pleins de copains, le chien doit faire une heure de balade au pied alors que son allure naturelle est le trot sur fond d’exploration olfactive ou encore on attend du cheval qu’il saute des obstacles d’1m60 de hauteur comme s'il devait prouver son rendement et son utilité sportive.

Ces projections nient l'individu, sa personnalité ou même son humeur du jour. En imposant une norme humaine de performance ou de sociabilité, on perpétue une forme de domination psychologique où l'amour serait conditionné par l'obéissance parfaite et la conformité à nos attentes humaines.

J’ai pu voir, un jour, un monsieur jeter plusieurs fois son chien dans un lac en pleine canicule parce que lui prenait plaisir à y nager alors que le chien, terrifié, revenait systématiquement sur la rive pour s’enfuir. J’ai également observé une dame gronder son chien qui reniflait l’arrière-train d’un congénère avant de les mettre face à face, museau contre museau, pour se dire bonjour "convenablement". Une autre fois, j’ai remarqué la gêne d’un propriétaire quand son chien mâle castré montait un autre mâle en simulant une saillie. Je me souviens aussi d’une jeune fille qui se félicitait d’avoir fait en sorte que son chien peu sociable ait pleins "d’amis".

De la domination au respect mutuel 

En cherchant à informer et former les petits et les grands sur le caractère essentiel de traiter l’animal comme un être vivant ressentant des émotions, j’ai pris conscience que j’allais devoir aborder et transposer des concepts d’actualité comme le consentement, la tolérance ou l'acceptation de la différence.

Faute de la parole comme mode de communication commun, l’humain doit apprendre à décrypter le langage de l’animal pour « lire » son état émotionnel et ses préférences. Cela sous-entend aussi pour lui d’accepter le refus, ce rejet symbolique qui entraine souvent frustration et/ou impuissance. Reconnaitre ce "non", c’est accepter que l’autre soit différent, qu’il soit lui, qu’il soit libre malgré sa dépendance.

L'animal ne doit pas non plus être un miroir de nos désirs ou une page blanche sur laquelle projeter nos émotions. Il est un être à part entière, avec son propre monde sensoriel, ses besoins spécifiques et même, idéalement, ses propres choix et décisions (dans le cadre établit par l’humain). 

L'accepter, c'est renoncer à le modeler entièrement à notre image ou en fonction de nos besoins. Cela signifie également tolérer des comportements dits "gênants" pour l'humain mais qui sont pourtant normaux pour l'espèce (comme le besoin d'exploration, de mastication, de marquage, de vocalise, de chasse,…). `

Vers une harmonisation du lien humain-animal

Pour que le lien humain-animal devienne véritablement éthique, il doit se libérer de ces biais pour se co-construire en une alliance fondée sur l’équilibre. Il ne s'agit pas de nier les différences fondamentales entre les espèces mais d'adopter une posture humble pour aborder la relation sur la base du respect et de la réciprocité.

D’ailleurs, bien-être animal et humain sont étroitement liés car si l’humain ne va pas bien, l’animal le ressent. Et quand l’animal va mal, souvent son humain en souffre. Cette idée du "one welfare" (un seul bien-être) doit nous pousser à nous intéresser à l’Autre et à s’adapter à lui. 

Cette proximité inédite nous invite à interroger nos habitudes, nos projections et surtout nos responsabilités face à nos compagnons de vie : comprendre, connaître et aimer l'animal, c’est le laisser être lui-même, l’accepter et le respecter dans son altérité. 

Rechercher son bien-être, son consentement et reconnaitre son plein droit d’exister comme être sentient, c'est accepter de quitter notre position de maître du monde pour entrer dans une relation de partenariat où les bénéfices sont mutuels. 

Cette évolution sociétale ouvre une nouvelle forme de réflexion et d’interaction entre l’humain et le non humain pour donner à ce dernier une vraie place d’animal compagnon et construire avec lui un lien fondé sur l’équilibre, l’adaptation, la réciprocité et la compréhension.

Gandhi affirmait "On reconnaît le degré de civilisation d'un peuple à la manière dont il traite ses animaux ". Telle sa disciple, je propose des ateliers de prévention morsure, des accompagnements et des formations sur l’éthique et le bien-être animal dans la solide intention de participer à (ré)harmoniser la relation humain/non-humain basée sur le bien-être de tous. Car je suis convaincue que le progrès de notre humanité se mesurera à l’évolution de ce lien interspécifique.

Emilie Coudert 
Novembre 2025

Quand la perte de repères historiques de la cause animale nous bouleverse

La récente disparition de Brigitte Bardot qui s’ajoute à celle du Docteur Klein un an auparavant et à l’arrêt de la version papier de 30 Millions d’amis fin 2025 m’ont chamboulée. Je ne m’y attendais pas mais j’ai été réellement attristée par ces mauvaises nouvelles. Sans aller jusqu’à ébranler mes convictions, la perte de ces mentors et de ces repères m’a particulièrement touchée. 

Ces acteurs du monde animalier ont, sans nul doute, contribué à façonner ma vocation et ont indéniablement participé à initier puis à renforcer mon engagement dans la protection animale. 

Très sensible et particulièrement impactée par les violences et les injustices de notre société, et plus généralement du monde dans lequel nous vivons, pouvoir me raccrocher à ces piliers me rassurait.

Cheval Magazine fondé en novembre 1971 et le Magazine 30 Millions d'amis, créé l’année de ma naissance, ont été mes premières lectures. Celles d’une amoureuse de la nature qui, enfant déjà, sauvait les hérissons blessés ou les tourtereaux tombés du nid dans le jardin de ses grands-parents. Rêvant d’ouvrir un refuge animalier pour les mal-aimés, les maltraités et les oubliés, je parcourais ces magazines qui me racontaient l’éthologie des chevaux et m’initiaient à la défense de la cause animale.

Je regardais aussi des documentaires animaliers et la version télévisée de 30 Millions d’Amis dont la direction de France 3 a annoncé l'arrêt définitif de sa diffusion en juin 2016, au lendemain des 40 ans de l’émission… Neuf ans plus tard, c’est la version papier qui meurt, emportant avec elle tout une époque pour les passionnés du vivant, celle d’un titre phare de la presse animalière française. 

Après plus de 47 ans d’actualités autour des animaux, le magazine papier 30 Millions d'Amis a cessé sa publication en novembre dernier, provoquant une vague de déception et de réactions chez ses lecteurs fidèles.

Si sa version numérique lancée en 2013 existe toujours, le leader de la presse animalière en France a tiré sa révérence avec, dans son dernier numéro, un dossier sur le deuil animalier, qui entre en résonance avec la notion de perte…

Perte de l'un des vétérinaires les plus célèbres du petit écran : Michel Klein qui a su populariser son métier et partager son amour des animaux auprès du grand public grâce à ses apparitions télévisées dans les émissions comme Télématin, 30 Millions d'Amis ou Terre, attention danger.

C’était un homme de tous les médias : des émissions de télé en tant qu’animateur ou producteur (Les Animaux du Monde, La Vie des Animaux, Les Mercredis de la jeunesse,…etc) aux livres (Ces bêtes qui m'ont fait homme, Ce qu'ils nous apprennent, L'avocat des bêtes et Réussir son chien) en passant par la radio avec son émission Allo véto, il sensibilisait à la protection des espèces menacées.

Son rôle de vulgarisation et d'éducation sur la faune s’associe à une forte implication dans la protection animale : il propose notamment l'identification des chiens par tatouage, est vice-président de la Société Protectrice des Animaux pendant 18 ans puis cofondateur du refuge SPA de Gennevilliers et du Conseil National de la Protection animale. Également premier vétérinaire élu au comité directeur de la Société Centrale Canine, il crée en 1960 l'émission Je cherche un maître consacrée à l'adoption d'animaux abandonnés et initie, la même année, la création d'un service de garde vétérinaire le dimanche et les jours fériés.

Appelé pour soigner les animaux du zoo d'Ermenonville, il se spécialise dans les opérations d'animaux de zoo et de cirque, participe au lancement du parc animalier de Thoiry et crée le zoo de Fréjus.

Michel Klein œuvre sur tous les fronts et crée, avec le soutien du maire de Paris de l’époque, Jacques Chirac, l'École de chiens guides pour aveugles et malvoyants de Paris qui ouvre en 1987 et qu'il présidera jusqu'en 2004.

Visage emblématique de la protection animale et de la télévision des années 80-90 en France, le célèbre vétérinaire du Club Dorothée nous a quittés en 2024, à 103 ans.Je pensais (et espérais secrètement) son amie Brigitte Bardot immortelle.

Cette avant-gardiste et militante de la première heure pour le bien-être animal m’a toujours fascinée et je pense, au vu des nombreux hommages et témoignages aperçus sur les réseaux sociaux (je n’ai pas la télévision) qu’elle a marqué plusieurs générations d’amoureux de la nature et des animaux. 

Qui ne se souvient pas de cette photo de Brigitte Bardot et du bébé phoque ? Photo qui a joué un rôle crucial dans la prise de conscience mondiale du massacre des phoques pour leurs fourrures.

En plus de contribuer à l'interdiction de la chasse au phoque à fourrure blanche au Canada, cette image iconique est devenue un symbole fort du combat pour les droits des animaux que Brigitte Bardot a mené pendant une grande partie de sa vie.

La force de caractère de cette femme et sa détermination dans des missions animalistes qui, à l’époque étaient loin d’être une priorité, m’ont toujours impressionnée. Je n’ai cessé d’admirer son dévouement et son engagement pour la cause animale.

Après avoir mis fin à sa carrière d'actrice en 1973, Brigitte Bardot s'engage dans la défense des droits des animaux et crée la Fondation Brigitte Bardot.

A travers des campagnes médiatiques percutantes, elle dénonce la souffrance animale (gavage des canards, abattage rituel sans étourdissement, spectacles d'animaux, expérimentation, etc) et milite contre la fourrure, la chasse, la corrida ou l’hippophagie.

Elle s’implique dans des actions concrètes et participe aux financements d’initiatives internationales (transfert de loups, interdiction des produits dérivés du phoque en France et dans l'Union Européenne, interdiction progressive puis totale des tests cosmétiques sur les animaux par l'UE, soutien à la fin de l'expérimentation animale,… etc) 

 

Ses démarches sur le terrain sont nombreuses et diversifiées (recueil et soin de milliers d'animaux en détresse, création de refuges, campagnes de stérilisation des animaux errants, soutien international en faveur des animaux sauvages et domestiques dans le monde,…etc) tandis qu’elle prend part à l’écriture de la loi de 1999 qui remplace l'euthanasie systématique par le placement en refuge des chiens et chats abandonnés.

En échangeant son statut d’égérie du grand écran pour celui de militante politique active, Brigitte Bardot donne l’exemple à plusieurs décennies et générations de défenseurs de la cause animale et transmet au monde un héritage, que l’on espère durable, pour la protection du vivant.

Elle a choisi de mettre à profit son influence médiatique et son engagement pour faire du bien-être animal un enjeu politique et sociétal majeur. Et en créant La Fondation Brigitte Bardot, elle a fait naitre une structure qui honorera ce demi-siècle consacré à la vie animale et prolongera son œuvre. 

En mai 2025, elle se battait pour son « ultime combat » et continuait à réclamer l’abolition de la chasse à courre : « Il faut absolument que le gouvernement français accepte de m’offrir, après 50 ans de demande sans réponse, au moins cette victoire ». Faisons-lui la promesse et engageons-nous pour que sa fondation parvienne à gagner cette bataille qui, avec la fin de la consommation de la viande de cheval ou l’interdiction pour les mineurs d’assister aux corridas, rendrait hommage à la quête de toute une vie. 

Icône du cinéma mais aussi et surtout figure emblématique de la protection animale, la disparition de Brigitte Bardot laisse un vide dans ma vie de passionnée du vivant et emporte mon modèle de courage, de persévérance et d’engagement pour cette cause qui m’anime depuis que je suis petite. 

 

Je veux garder espoir et continue à suivre les actions d’un autre grand homme de la protection de la faune que je découvrais sur le petit écran il y a plus de 30 ans : Allain Bougrain-Dubourg dans ses émissions animalières emblématiques Des animaux et des hommesTerre des Bêtes et Animalia.

Grand ami de Brigitte Bardot et du Docteur Klein, j’ai eu la chance de rencontrer plusieurs fois ce troisième mentor à l’occasion d’évènements dédiés à la cause animale. Allain Bougrain-Dubourg m’a, lui aussi, inspirée dans mon rêve de participer à faire évoluer le lien humain-animal. 

 

Je me réjouis de faire partie de la grande famille des disciples qui consacrent leur vie à transformer notre regard sur les animaux et à changer les mentalités pour une harmonisation du vivant.

Emilie Coudert 
Janvier 2026

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